séminaires  

Théâtres de la mémoire / 2019 - 2020

dernière mise à jour : 18/11/2019

« Théâtres de la mémoire »
Groupe de recherche interuniversitaire sur le cinéma (HiCSA/Paris 1, ESTCA/Paris 8, IRCAV/Paris3)

 

Théâtres de la mémoire

Programme 2019-2020
 

Une mémoire cinématographique du futur


Codirigé par C. Blümlinger, S. Lindeperg, S. Rollet, M. Vappereau

Il s’agira d’explorer la manière dont un avenir (généralement non réalisé) affleure dans la mémoire du passé que le cinéma conserve et qu’il peut actualiser.

Précisons immédiatement que, malgré la proximité terminologique, ce que nous entendons par « mémoire cinématographique du futur » doit être clairement distingué de ce que les neurosciences nomment « mémoire au futur » (Francis Eustache], c'est-à-dire la réorganisation des souvenirs en fonction de leur pertinence pour le présent et l’avenir. En revanche, la réflexion que nous souhaitons mener présente certaines affinités avec des questions abordées et des recherches menées dans d’autres champs disciplinaires : l’histoire contrefactuelle, l’approche génétique des textes et la question de l’archive.

La première, nommée également « histoire des possibles » ou « what if History », qui s’est développée à partir de la crise des modèles déterministes (R. Koselleck), a connu un réel essor depuis les années 1980. La réflexion sur les passés non advenus y vise donc essentiellement à repenser les modèles de causalité historique (Q. Deluermoz & P. Singaravélou). De son côté, la génétique textuelle, en s’inspirant de la logique des « mondes possibles », tente de rendre compte du statut des mondes virtuels créés au cours de la genèse (D. Ferrer). Enfin, les diverses réflexions sur les archives mènent toujours à s’interroger sur l’acte d’archivage et de conservation en vue d’un futur depuis lequel le « passé » de l’archive prendrait un sens. L’archive s’ouvre toujours depuis l’avenir (J. Derrida).

Si notre réflexion présente des convergences avec ces trois directions de recherche, la question que nous aborderons en diffère nettement : nous examinerons la transmissibilité d’un futur, imaginé au passé. Cela implique d’interroger la manière dont le cinéma peut archiver un futur virtuel, advenu ou non, et en réactualiser la puissance au présent. Autrement dit, il s’agira d’analyser la manière dont le cinéma, par ses dispositifs d’enregistrement, ses régimes de projection et de fictionnalisation propose moins une histoire du réel qu’une histoire des utopies et des imaginaires.
 

Le séminaire se tiendra à la Galerie Colbert, salle Jullian (Paris 1, 1er étage), de 18h00 à 20h00.


Programme complet / 2019-2020



Jeudi 31 octobre 2019
Erik Bullot (École nationale supérieure de Bourges) avec Marguerite Vappereau (répondante)
Du renversement
À rebours de toute téléologie, l’archéologie des médias a attiré notre attention sur la survivance et le retour des formes et des techniques. L’histoire du cinéma obéit-elle à un principe de renversement temporel ? Est-elle une anagramme ?
En s’appuyant sur des travaux de recherche personnels autour d’une histoire virtuelle des relations de l’art et du cinéma et d’une étude sur Raymond Roussel et le cinéma, cette séance du séminaire s’attachera à instruire plus particulièrement la notion de remédiation rétrograde. Proposée par Jay David Bolter et Richard Grusin dans leur ouvrage Remediation. Understanding New Media, reprise et développée par Pavle Levi dans Cinema by Other Means, la remédiation rétrograde désigne le fait pour un médium ancien de traduire ou d’imiter les possibilités offertes par un médium plus récent.

Érik Bullot : Bibliographie indicative :
Renversements 1. Notes sur le cinéma, Paris, Paris Expérimental, 2009.
Renversements 2. Notes sur le cinéma, Paris, Paris Expérimental, 2013.
Sortir du cinéma. Histoire virtuelle des relations de l'art et du cinéma, Genève, Éditions Mamco, 2013.
Le Film et son double. Boniment, ventriloquie, performativité, Genève, Éditions Mamco, 2017.
Erik Bullot (dir.), Du film performatif, Paris, it: Éditions, 2018.

Jeudi 28 novembre 2019
Maguelone Loublier (Université du Mans/ESTCA) avec Christa Blümlinger (répondante) :
Filmer l'(im)possible : les temps à venir d'Alexander Kluge
Il s’agira de penser la tension entre possible et impossible dans les films-essais d’Alexander Kluge. Dans son œuvre cinématographique, Kluge ne cherche ni à répéter ni à imiter le réel, mais le représente autrement, en faisant advenir dans l’image et dans les mots les puissances du possible. A partir de l’analyse du possible comme « catégorie esthétique » (Deleuze/Guattari), nous verrons comment les films de Kluge représentent le possible pour donner de l’élan au réel, pour y créer du possible et faire surgir l’imprévisible et l’impossible. En entrelaçant les temporalités, en tissant fiction et histoire, Kluge imagine d’autres possibilités et crée de l’impossible ; il offre ainsi au cinéma un « récit au subjonctif », qui échappe à la narration au présent et à l’imparfait.

Normalienne, agrégée d'allemand, Maguelone Loublier est actuellement ATER à l'Université du Mans. Elle a soutenu une thèse en études cinématographiques à Paris 8 et à la Goethe-Universität (Francfort-sur-le-Main) sur les manifestations de la voix dans l'oeuvre d'Alexander Kluge : « Variations et métamorphoses. Une voix allemande: Alexander Kluge ».
Elle a publié : « L'ombre d'une corne de taureau ou le conte de l'Enfant obstiné chez Alexander Kluge » (Germanica, 61, 2017), "Eine gespenstische Stimme geht um in Alexander Kluges Filmen"
(Alexander-Kluge-Jahrbuch, 5, 2018) et « Le film-essai: quand le je-ne-sais-quoi de la voix et le presque-rien du silence ponctuent l'image (Godard, Marker, Kluge) » (Voix et silence dans les arts: passages, poïèsis et performativité, 2019).

Jeudi 30 janvier 2020
Ophir Lévy (Paris 8/ESTCA) avec Sylvie Lindeperg (répondante)
« The time of this story is the future ». Du bon usage de l’anticipation pour faire émerger la conscience des crimes de masse
Dans la proximité immédiate avec des faits génocidaires, il arrive que la fable cinématographique se conjugue au futur, comme s’il s’agissait de s’accorder, par cette distance artificielle, le recul nécessaire à l’appréhension d’un événement qui déborde l’entendement. L’exemple le plus emblématique d’une telle démarche est sans doute None Shall Escape d’André de Toth, film tourné en octobre 1943 et sorti en février 1944, qui s’ouvre sur ces mots : « The time of this story is the future. The war is over » et qui imagine l’hypothétique procès d’un criminel de guerre jugé devant le « Tribunal International du district de Varsovie ». Alors même qu’Auschwitz fonctionne à plein régime, ce film est le premier à évoquer frontalement le sort des Juifs dans une Europe sous domination nazie.
En revenant sur la genèse de None Shall Escape, mais également en sollicitant d’autres exemples tirés aussi bien de la littérature de la fin du XIXe siècle que des dramatiques radio de l’immédiat après-guerre, nous voudrions interroger cet enchevêtrement des temporalités si caractéristique des récits marqués par la mémoire du génocide et nous demander quelles pourraient être les vertus épistémologiques d’une telle projection de l’actualité dans l’avenir.

Ophir Levy est maître de conférences en études cinématographiques à l’université Paris 8 – Vincennes – Saint-Denis. Sa thèse consacrée à la migration des images d’archives de la déportation et à l’empreinte souterraine de la mémoire de la Shoah dans le cinéma contemporain (sous la dir. de Sylvie Lindeperg, université Paris 1 - « Prix de la Recherche » de l’Inathèque en 2014) a donné lieu à la publication de l’ouvrage Images clandestines. Métamorphoses d’une mémoire visuelle des « camps » (Hermann, 2016). Il est également l’auteur de Penser l’humain à l’aune de la douleur. Philosophie, histoire, médecine. 1845-1945 (L’Harmattan, 2009).

Jeudi 13 février 2020
Jennifer Wild (université de Chicago) avec Arno Gisinger (répondant)
Les images des barricades
This talk is part of my new research and book project concerning the development of political and material aesthetics after photography, especially those concerning the photographic image’s capacity for what I call “radical recognition” of especially marginal, oppressed, or subaltern subjects.
Photographs of the barricades built during the Paris Commune in 1871 serve as my entry point to this historical inquiry surrounding political, cultural as well as artistic revolution across photography, film, and art. On the one hand, photographs of the barricades are the historical indexes of past insurgency and citizens’ performative resistance. They thus emerge in my study as rich repositories for an exploration of political and material aesthetics by way of the “new” photographic image c. 1871. On the other hand, they also posit the image of the barricade as a figural entity or form that merges popular uprising with material tactics, a combination that articulates the demand for social and political recognition and visibility par excellence.
My central conceit in this talk is that barricade photographs offer an alternative vantage point from which to examine later photographic and filmic forms that foreground materiality both as a long-standing political aesthetics of the image, and as that which articulates photography’s ability to unmoor photographic subjects from their subordinated cultural positionality such that they may be recognized in their human entirety and immanence. This, I suggest, is one of the photographic medium’s under-recognized relationships both to history generally speaking, and history’s function in a political aesthetics of the image.
Jennifer Wild, Professeure dans les départements de Cinema and Media Studies et Romance Languages and Literatures à L'Université de Chicago, est l'auteure du livre The Parisian Avant-Garde in the Age of Cinema (University of California Press, 2015).

Jeudi 12 mars 2020
Dork Zabunyan (Paris 8/ESTCA) avec Matthias Steinle (répondant)
Trump, un film d’Amérique
L'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d'Amérique a bouleversé les modes de représentation fictionnels du pouvoir politique au cinéma comme à la télévision. Les scénaristes de Hollywood sont en crise et les showrunners de séries télévisées sont aux abois : le 45e président  américain ne ressemble à aucun autre, et il rend obsolète la figure même du « leader du monde libre ».
Plusieurs questionnements qui engagent l'avenir de la création cinématographique accompagnent cette crise de la fiction à l'ère de Trump : un biopic de l'actuel président américain qui ne tomberait pas dans l'écueil du bêtisier est-il possible ? Si une caricature de la caricature est contre-productive d'un point de vue critique, quelles puissances d'expression le cinéma peut-il mobiliser pour dénoncer le fascisme mêlé de bouffonerie de Trump ? La fiction historique peut-elle se prévaloir de faire le « procès » du président américain, comme Hans J. Syberberg s'était proposé de réaliser, avec les moyens du cinéma, le « procès de Hitler » (dans Hitler, un film d'Allemagne, 1977) ? Peut-on esquisser au final les contre-images de Trump qui resteront dans nos mémoires ? Et ces contre-images pourront-elles constituer à leur tour le contrepoint d'un individu dont l'action politique annule le passé et méprise l'Histoire ?

Dork Zabunyan est professeur en cinéma à l'Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Deux de ses ouvrages ont été récemment traduits en anglais : Foucault at the Movies (avec P. Maniglier, Columbia UP, 2018, trad. Clare O'Farrell) et The Insistence of Struggle (IF Publications, 2019, trad. Stefan Tarnowski). Il prépare actuellement un essai sur les images de Donald Trump.

 

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