séminaires  

Mondialisation / 2013 - 2014

dernière mise à jour : 02/06/2014

Séminaire doctoral Mondialisation

2013-2014


Fondé et organisé conjointement par des conservateurs et des universitaires, les uns travaillant au Musée National d’Art Moderne, les autres au sein de l’HiCSA (Université Paris I), le « Séminaire Mondialisation » se veut un lieu de recherches et de réflexions consacrées à la progressive mondialisation des relations et des créations artistiques depuis le milieu du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Il entend accompagner et favoriser les démarches muséales et scientifiques qui tendent depuis peu à écrire une histoire plus complète et plus détaillée de l’ensemble de ces phénomènes d’ouvertures et d’échanges mutuels entre différentes régions et cultures du monde. Il réunira, au rythme d’une séance mensuelle, des chercheuses et chercheurs, des doctorants déjà engagés dans cette démarche qui viendront exposer et discuter leurs travaux récents.

 

Jeudi 29 mai 2014 / Bibliothèque Kandinsky, 18h00-20h00

Invité : Florent Souvignet


Jeudi 24 avril 2014 / Bibliothèque Kandinsky, 18h00-20h00

Devika Singh, Penser une histoire connectée de l’art indien des années 1950 à 1970
La dissémination de la culture anglaise et, à partir des années 1950 et 1960, de la culture américaine, ainsi que la place de l’Inde dans le mouvement des non-alignés  restent avec les relations culturelles qui se sont tissées entre l’Inde et l’URSS des dimensions trop souvent négligées de la création artistique indienne de l’époque postcoloniale. En effet, les lectures nationales ont longtemps été privilégiées au détriment de la question des transferts artistiques et intellectuels. En se penchant sur une période charnière de l’histoire de l’art indien (marquée par l’émergence de groupes artistiques majeurs, la création sous l’impulsion de Jawaharlal Nehru d’institutions nationales pour la promotion des arts visuels et la circulation en Inde d’expositions internationales de premier plan), il s’agira dans ce séminaire de se poser la question d’une histoire connectée de l’art indien. Dépassant le simple constat du passage de mouvements artistiques, celle-ci permettra  de mettre en évidence l’appropriation et la reconfiguration de courants artistiques et intellectuels internationaux en Inde.

Devika Singh est Smuts Research Fellow au Centre of South Asian Studies de l’Université de Cambridge. Ses recherches concernent l’histoire de l’art moderne et contemporain indien dans ses contextes internationaux. Elle est titulaire d’un doctorat en histoire de l’art de l’Université de Cambridge. Ses articles ont été publiés entre autres dans Modern Asian Studies et Art History, le catalogue de l’exposition ‘Paris-Delhi-Bombay’, ainsi que dans les revues frieze, Art Press, Art Asia Pacific et Art India.



Mardi 25 mars 2014 / salle 133 (1er étage), Galerie Colbert

Emilie Bouvard, Tiers-mondisme et féminisme au début des années 1980, un dialogue complexe.
Autour de ‘Dialectics of Isolation : An exhibition of Third World Women Artists of the United States’, New York. A.I.R. Gallery, 1980, commissariat par Ana Mendieta
L’artiste cubaine Ana Mendieta participe de 1977-78 à 1982 aux activités de la galerie coopérative féministe et new-yorkaise A.I.R. (Artists In Residence). Ses œuvres emblématiques, y compris pour l’histoire du féminisme en art, ont été élaborées bien avant la fin des années 1970. La série des Siluetas est lancée à partir de 1973. Elle expose chez A.I.R. seule une première fois en 1979, et est commissaire d’une exposition atypique en 1980 : Dialectics of Isolation : An Exhibition of Third World Women Artists of the United States (Judith F. Baca, Beverly Buchanan, Janet Olivia Henry, Senga Nengudi, Lydia Okumura, Howardena Pinell, Selena Whitefeather, Zarina). Elle organisera en 1982 au Center for Inter-American Relations à New York l’exposition Women of the Americas, qui rencontre le même type de problématiques. En 1982, elle se brouille avec le groupe féministe de la galerie A.I.R. – une histoire de cotisation non réglée, qui donne lieu à un échange de griefs réciproques. En 1986, lorsqu’elle meurt dans des circonstances suspectes impliquant son compagnon l’artiste Carl Andre, les hommages féministes pleuvent et elle devient une icône du mouvement.
Notre propos est de tenter de replacer avec justesse Ana Mendieta dans l’histoire des relations entre art et féminisme, ou art et groupes féministes, et de mesurer ce qu’elle a tenté, et peut-être échoué dans l’immédiat d’y apporter. En effet, Ana Mendieta avec l’exposition Dialectics of Isolation tente d’hybrider une double marginalité : celle des femmes, et celle du Tiers-Monde (comme on dit au début des années 1980). Elle s’adresse à la fois, en tant que féministe montrant des artistes femmes, au monde de l’art en général, mais aussi à ses camarades de la galerie, rappelant l’ostracisme ethnique dont les artistes qu’elle présente font également l’objet. Enfin, elle définit une esthétique, par cette exposition très cohérente, à la fois conceptuelle et sensuelle, et qui détonne par de nombreux aspects dans le paysage de la programmation d’A.I.R.
Ce débat ressemble à un autre, celui du conflit entre appartenance féminisme et appartenance à une autre communauté, la communauté noire par exemple. L’histoire de ces expositions et leur analyse, appuyée sur des documents d’archives (galerie A.I.R., dossier Ana Mendieta du MoMA) permet de décaler l’image véhiculée par Ana Mendieta et les mythes qui l’entourent, et de déconstruire le phénomène d’absorption dont elle a fait l’objet après sa mort. Elle dégage aussi un certain courant du féminisme en art, qui opère en parallèle des groupes organisés.

Emilie Bouvard est historienne de l’art et conservatrice du patrimoine, actuellement en poste au Musée Picasso à Paris. Parallèlement à une thèse de doctorat portant sur « La violence chez les artistes femmes des années 1960 à nos jours », elle a mené ces dernières années une activité de critique d’art en tant que rédactrice en chef du site www.portraits-lagalerie.fr.


Mardi 28 janvier 2014, Bibliothèque KANDINSKY, 18h00-20h00
La troisième séance du séminaire aura lieu le mardi 28 janvier 2013 à la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou de 18h à 20h. Mildred Duran y présentera Nous, ici, maintenant – Expériences et stratégies performatives de Lázaro Saavedra et de son collectif ENEMA à Cuba.

Son intervention abordera certaines pratiques expérimentales réalisées à Cuba dans les années 2000 par Lázaro Saavedra et son groupe d’élèves ENEMA[1] à l’Institut Supérieur de l’Art (ISA). Elle évoquera différentes possibilités de cet « art de l’instant » défini par le spécialiste de l’Art-action, performeur et théoricien canadien Richard Martel comme « une activité dérangeante »[2] qui s’exprime grâce au geste et au mouvement. Felipe Ehrenberg, l’un des pères de la performance mexicaine, se définit lui-même comme un « néologue ». Ce terme souligne le caractère expérimental spatio-temporel de ces expériences artistiques proposées comme des outils critiques de détournement des signes du réel. C’est dans le réel que les artistes de la performance épurent le signe et travestissent les codes sémantiques et temporels. Le geste est privilégié et véhicule les qualités essentielles du tissu performatif que Richard Martel décrit comme l’intime, le privé et le public.[3]
ENEMA développe une stratégie artistique et pédagogique, en récréant et interprétant des performances référentielles dans l’histoire de l’art[4]. Le choix de recréer un acte historique, socio-politique ou de l’histoire de l’art, permet de discerner l’importance du geste et de l’acte éphémère comme moyen pédagogique, psychoaffectif ou simplement comme acte restitutif atemporel pour les artistes performeurs. La révolte de Saavedra face à l’un des moments les plus difficiles de l’histoire cubaine et ses expériences avec ses élèves passèrent inaperçues auprès des critiques occidentaux. La question relative au contexte est aussi soulevée et constitue l’un des sujets décisifs pour une grande partie des artistes de l’art action ; les tactiques opérées afin de conserver et de présenter l’acte performatif se révèlent également essentielles. Mais comment comprendre l’intérêt que ces artistes d’horizons différents accordent à la force de l’instant éphémère ? Pourquoi ce choix délibéré d’aller à l’encontre de tout piège esthétique ? Pourquoi ce besoin viscéral de produire des courts-circuits du réel ? Mildred Duran essaiera de répondre à ces questions à travers une analyse des pratiques entamées par Lazaro Saavedra et ses élèves à Cuba.

Mildred Durán Gamba, critique d’art et commissaire d’exposition indépendante, elle est titulaire d’un doctorat en histoire de l’art consacré aux expressions de violence dans l’art contemporain d’Amérique Latine. Auteur d’articles parus entre autres dans Nos contemporains, Les Cahiers du CNAM, Les Publications de la Sorbonne, elle a donné de nombreuses conférences sur la production des artistes contemporains latino-américains et s’intéresse aux pratiques éphémères et aux artistes de l’art-action. En 2003 son projet : « Au-delà de l’instant - Le geste comme expérience sémiologique : Quelques pratiques et théories des artistes de l’art-action extra-occidental » a été sélectionné par le CNAP dans le cadre du soutien aux auteurs, théoriciens et critiques d’art.

Notes :
1)A Cuba, face à la Période spéciale, Lázaro Saavedra, professeur à l’Institut Supérieur d’Art (ISA) et son groupe d’étudiants de deuxième année de la spécialisation en peinture de l’ISA créent ENEMA (N+) en 1999. Le groupe est conformé à ses débuts par Lino Fernndez, Zhenia Couso, Nadieshda Inda, Edgar Hechavarria, Janler Mendez, David Beltran, Adrian Soca, Fabian Pena, Alejandro Cordoves, Pavel Acosta, James Bonachea, Ribert Quintana et Hanoi Pérez.
2) Richard MARTEL, L’art en actes, Le Lieu, Centre art actuel 1982-1987, Éditions Intervention, 1998, p.210.
3) Richard MARTEL, Art action, L’écart absolu, Les presses du réel, 2005, p.25
4) Un grand processus synthétique d’un corps collectif est développé par ENEMA en partant des œuvres développées auparavant par Tehching Hsieh, Linda Montano, Dennis Oppenheim, Marina Abramovic, ou par des artistes cubains comme Fernando Rodríguez. Le collectif réalisa aussi des actions partant des rituels syncrétiques d’origine africaine propres aux croyances de la Santería, fortement ancrées dans une grande partie de la population cubaine.

Attention : le musée étant fermé les mardis, vous serez accueillis à l'entrée du personnel (située à l'angle sud est du musée - entre la rue Beaubourg et la rue du Renard) à 17h55. Un seul accès collectif à la Bibliothèque Kandinsky étant possible, nous vous remercions de votre ponctualité !
 


17 décembre 2013 à 18h00 - 20h00 / Bibliothèque Kandinsky
La deuxième séance du séminaire a lieu le mardi 17 décembre 2013 à la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou. Eduardo Jorge y présente Peuples sans carte, cartes sans peuple.
Son intervention prend comme point de départ l’exposition Cartes et figures de la terre réalisée au Centre Pompidou en 1980 et dont le commissariat à été assuré par Jacques Mullender et Glullo Macchi. Celle-ci donne à partir des années 80 un certain regard critique sur la cartographie. La question de la cartographie suscite alors des réflexions sur la représentation géographique, sur la configuration de l’espace et ses repérages à l’échelle des territoires. Depuis les « plateaux infinis » chez Gilles Deleuze et Félix Guattari, la philosophie contemporaine repense le terme de « cartographie » dans le sens d’un espace ouvert, donc d’un espace désormais rhizomatique, montable et démontable, qui finalement peut être dessiné et conçu comme une œuvre d’art et comme une action politique. Chez l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, on trouve une carte aveugle, apparemment inutile et sans aucun sens d’orientation : la carte a changé d’échelle à cause de la rigueur d’une École cartographique. Cette carte apparaît dans le récit « Del rigor de la ciencia » (« De la rigueur de la science ») publié dans une section qui s’appelle « Museo » (« Musée »), au sein du livre El Hacedor (L’Auteur), en 1960. Dans ce texte, Borges pointe un problème épistémologique de la carte lié au sens de l’orientation : une carte qui coïncide avec la ville ou l’empire c’est une carte dépourvue de sens d’orientation. Lorsque cette carte est jetée dans le désert, elle devient un espace vague habité par les animaux et les mendiants que nous appellerons ici un peuple sans carte. D’une certaine façon, Borges leur confère un territoire, les a « territorialisés ». En reprenant cet aspect, plus précisément avec l’observation d’une carte du désert El Mreyye, au Mali, Christian Jacob nous présente une carte « blanche » comme un paysage de l’aporie[1], des formes changeantes, des régions sans peuple qu’à l’aide d’un système de repérage comme google maps, nous donne une simulation d’un monochrome de sable qu’on imagine d’abord comme une carte sans peuple. Devant cette « imagerie » des cartes blanches, monochromatiques ou aveugles par rapport à l’échelle 1:1, Eduardo Jorge proposera une exploration  des cartes d’artistes bouleversées par certaines lignes invisibles et par les migrations des images. Ce parcours ébauchera une forme de cartothèque des représentations qui s’appuiera sur le travail des artistes comme Lygia Pape, Cildo Meireles et Guillermo Kuitca.
Eduardo Jorge est doctorant en Théorie de la Littérature et Littérature Comparée à l’Université Fédérale de Minas Gerais – UFMG (Brésil) et en Philosophie à l’École Normale Supérieure – l’ENS (Paris). Il mène une recherche sur l’animalité entre la littérature et les arts visuels sous la direction de Maria Esther Maciel et Dominique Lestel.
[1] JACOB, Christian. « Sable, neige, eau ». Cartes et figures de la Terre. Paris : Centre Georges Pompidou, 1980. p. 221

Attention : le musée étant fermé les mardis, vous serez accueillis à l'entrée du personnel (située à l'angle sud est du musée - entre la rue Beaubourg et la rue du Renard) à 17h55. Un seul accès collectif à la Bibliothèque Kandinsky étant possible, nous vous remercions de votre ponctualité !


26 novembre 2013 / première séance / Bibliothèque Kandinsky
La première séance du séminaire a lieu le mardi 26 novembre 2013 à la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou de 18h à 20h. Yves Mintoogue y présente Sortir l’art africain des bantoustans post-apartheid. Remarques sur le statut des arts africains dans la critique et les institutions muséales européennes.
Sa communication porte sur les attributs et les propriétés auxquelles a longtemps renvoyé le terme « Afrique » dans le discours européen, celles d’un monde à part, figure vivante de la dissemblance, peuplé d’êtres avec qui l’on estimait ne rien avoir en commun. Cette vision de l’Afrique, récusée notamment à partir de la seconde Guerre mondiale, est cependant restée présente sous diverses formes dans la production des connaissances sur « le continent noir ». L’histoire de l’art n’a pas échappé à cet état de choses. La critique de l’art dit « primitif » mais aussi celle de l’art postcolonial ont relayé à leur manière ces lieux communs, lorsque l’Afrique n’était pas simplement présentée comme un « morceau de puzzle manquant » à la carte mondiale de l’histoire de l’art.
Yves Mintoogue, met à profit son expérience au sein du programme « Recherche et Mondialisation » du Centre Pompidou pour :
1) montrer que cette sorte de « bantoustan » artistique duquel les arts plastiques africains peinent à sortir ne s’appréhende mieux que lorsqu’on le resitue dans le contexte plus général qui,  au cours du XXème siècle, a vu bien d’autres disciplines œuvrer à la production de connaissances (ou ce qui en tenait lieu) assimilant l’Afrique à un « hors-monde » à l’humanité problématique (ce fut le cas en philosophie, histoire, sociologie, anthropologie, ethnologie) ;
2) questionner certains des attributs que l’on prête à  l’art africain en essayant de les mettre en dialogue avec des objets de recherche et des matériaux autres, tirés de son travail de thèse en préparation et liés aux rapports qu’il met en exergue entre les formes de la culture endogène et les luttes politique dans le Cameroun colonial.
Yves Mintoogue est doctorant en science politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (CESSP-CRPS), il est lauréat de la bourse « Mondialisation et études culturelles » du Centre Pompidou 2013.

Attention : le musée étant fermé les mardis, vous serez accueillis à l'entrée du personnel (située à l'angle sud est du musée - entre la rue Beaubourg et la rue du Renard) à 17h55. Un seul accès collectif à la Bibliothèque Kandinsky étant possible, nous vous remercions de votre ponctualité !
 

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