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Journée d'étude / Monumentalités et mémoire - 2

dernière mise à jour : 30/11/2012

2e Journée d’étude sur le thème de la Monumentalité

30 novembre 2012 - Galerie Colbert, salle Vasari
INHA, Paris 2e
 

Programme

9h30 / Introduction Florence Journot (MCF HDR, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)


Modérateur François Villeneuve (professeur, Archéologie de l’Orient antique, Paris 1)
Les critères de la monumentalité : cas antiques


9h45 / Laure Laüt (maître de conférences, Paris 1)
Des monuments en pleine campagne : marqueurs du paysage ? Marqueurs de la mémoire ? À propos du sanctuaire antique d’Isle-et-Bardais (Allier) et de quelques autres sites de Gaule centrale
Les fouilles menées depuis 2002 sur le sanctuaire antique des Petits Jardins à Isle-et-Bardais (Allier) amènent à s’interroger sur la monumentalité d’un tel lieu de culte, à l’écart de toute agglomération, qui devait être un repère important pour les populations rurales du secteur. À partir des vestiges conservés sur ce site, une réflexion sera menée sur l’élévation originelle des bâtiments, leur apparence extérieure, leur visibilité dans le paysage. Mais c’est aussi la question du souvenir de ces ruines après l’abandon du sanctuaire, qui sera posée. Pour nourrir la réflexion sur ces différents points, des comparaisons seront faites avec quelques autres monuments antiques isolés de Gaule centrale.

10h25 / Sandra Zanella (doctorante, dir. O. de Cazanove, chargée d’étude à l’INHA)
La "Casa dei mosaici geometrici" à Pompéi. Simple monument ou édifice porteur de monumentalité ? Pour une lecture de la sémantique des structures architectoniques
Est-il possible de percevoir si un édifice qui se dresse muet devant nous était revêtu de monumentalité ? L'analyse d'un groupe de maisons qui se dresse aux limites sud-occidentales de la ville de Pompéi permet, pour partie, d’examiner cette question. À partir de plusieurs domus assemblées pour former un seul bâtiment vers les dernières décennies de la colonie, la Casa dei mosaici geometrici, comme elle a été appelée au XIXe siècle, se caractérise par une emprise au sol supérieure à 3000 m2. Profitant de la pente naturelle du terrain, cette demeure est organisée avec des solutions architectoniques particulières autour d’une série de terrasses échelonnées vers le panorama du golfe de Naples. Si ses dimensions et ses formes extérieures s’éloignent de la plus grande partie des édifices de la ville campanienne, un autre aspect mérite un examen attentif : les parcours qui relient la maison aux espaces publics. En effet, outre deux accès sur une rue cet édifice est le seul exemple à Pompéi d’une maison disposant d’un accès indépendant et direct au forum, entre les bâtiments reconnus comme des édifices de l’administration publique de la cité. En chantier au moment de l'éruption du Vésuve en 79 après J. C., cette maison à plan canonique était donc destinée à se distinguer dans le panorama des maisons pompéiennes.  Ces éléments sont-ils cependant suffisants pour considérer cette maison comme porteuse de monumentalité ? À travers l'analyse du chantier de construction et des choix architectonique, nous voudrions proposer une lecture sémantique de l'édifice. La relation entre les éléments bâtis et la topographie des parcours peut, à notre avis, apporter des éléments pour la l’interprétation des structures, des dynamiques d'interaction entre public et privé, des jeux spéculaires entre les espaces de la vie privée et ceux de la vie publique et, de la sorte, contribuer à définir un espace traditionnellement associé à l’espace domestique comme un édifice porteur de monumentalité.

11h05 / Pause


L’Orient


11h15 / Alastair Northedge (professeur, archéologie et histoire de l’art islamiques, Paris 1)
Les plans orthogonaux des villes royales aux débuts de l’Islam
À l’opposé de la notion traditionnelle de la ville islamique comme un labyrinthe de petites ruelles, aux débuts de l’Islam une tradition de villes royales existait avec des plans organisés. La communication étudiera les spécificités de ces plans aux époques umayyade, abbasside et fatimide, à partir du VIIIe siècle jusqu’à l’an mil, dans le Croissant Fertile ainsi qu’en Méditerranée.

11h55 / Rémi Terryn (doctorant, dir. C. Jolivet-Lévy, EPHE)
L’église du monastère de Treskavac et ses peintures murales : monumentalité intérieure, iconographie et art nouveau à la fin du XVe siècle
À travers cette étude, nous nous proposons de mettre en lumière les fresques de l'église du monastère de Treskavac, situé près de Prilep, en ex-République yougoslave de Macédoine. Au cours de son existence, le monastère de Treskavac a plusieurs fois été remanié. On sait d'après les données archéologiques et la Charte du Tsar Dušan que l'église du monastère est beaucoup plus ancienne que l'époque de sa première phase de peintures (1334-1344). L'édifice, dont les phases successives de restaurations et de décorations se poursuivirent aux XVIème et XIXème siècles, fait actuellement l'objet d'une certaine émulation intellectuelle, au sein des différentes communautés de chercheurs. Même si le manque d'inscriptions a soulevé un certain nombre de problèmes, sa datation a pu être effectuée d'après des données iconographiques et stylistiques. La décoration actuelle du naos, que nous présentons à travers cette recherche, intéressante d'un point de vue archéologique et historique, permet de mettre en évidence certaines particularités iconographiques dignes d'intérêt : Crucifixion, figures de Déisis élargie, Trahison de Judas, autant de scènes qui nous permettront d'analyser les liens de cette peinture avec l'art de l'« École de Kastoria ». Il y aura, à cette époque de domination ottomane dans les Balkans (Turcocratie), un renouveau d'activité manifesté par des édifices de culte richement décorés. Les œuvres révèleront la connaissance de certains thèmes et solutions iconographiques rares et, par le recours aux traits réalistes et naturalistes puisés dans l'art occidental, elles présenteront un intérêt indéniable en ce sens qu'elles répondront à un essai de renouveau – rompant avec les conventions formelles léguées par la tradition – de la peinture byzantine à une époque de domination étrangère. Les artistes de la fin du XVème siècle connaissaient probablement l'art occidental par la pénétration d'œuvres qui se faisait par le littoral dalmate occupé par les Vénitiens, où s'exercait un commerce actif avec l'intérieur et notamment avec Kastoria, comme cela est attesté. À cette époque, les peintres, d'un puissant souffle créateur, ne se bornent pas aux éléments d'une certaine expérience iconographique et stylistique : ils se servent d'autres œuvres afin de tendre vers un art « nouveau » et ainsi affirmer leur talent et leur pleine individualité, faisant de la peinture post-byzantine préservée, en quelque sorte, une garante de l'oikoumene orthodoxe.

12h35 / Pause

Modératrice Christiane Prigent (professeur, Art médiéval, Paris 1)
Monumentalités contemporaines. Présence des Morts. Mémoire des lieux et patrimoine


14h00 / Sibylle Le Vot (doctorante, dir. C. Massu, Paris 1)
Anti-monumentalité et sens du lieu : le Mémorial de la Résistance de Vassieux-en-Vercors (1993-1994)
Dans un contexte contemporain où le culte de la mémoire semble fermement installé, la construction d’un Mémorial dédié à la Résistance ne peut être anodine. C’est ainsi qu’en plein cœur du plateau du Vercors s’élève aujourd’hui une construction discrète conçue afin de commémorer les événements tragiques dont le village de Vassieux fut le théâtre en juillet 1944. Pensée par le Groupe 6, cette architecture-paysage qui fait corps avec son site se caractérise par une grande sobriété qui conduit à interroger la question du monument comme support de la mémoire.

14h40 / Jean-François Cabestan (maître de conférence, Paris 1)
Paris 2015 : la nouvelle monumentalité de la Samaritaine
Fermés et évacués en 2005 pour des motifs sécuritaires, les Magasins 2 et 4 de l’ancienne Samaritaine vont faire l’objet d’une importante campagne de travaux. Au centre de la capitale, la faisabilité d’une opération privée de cette ampleur repose sur un ensemble de données et de contraintes qui influent notablement sur le processus de transformation et de reconquête. Aux yeux du maître d’ouvrage, l’équilibre économique de l’opération ne peut être obtenu qu’au prix d’un panachage des activités au sein de l’ensemble reconverti : la fonction commerciale sera maintenue, mais la nouvelle Samaritaine accueillera un important programme de bureaux, un hôtel de luxe, en façade sur la Seine, des logements sociaux et une crèche dans les épaisseurs de l’îlot. Cette mixité d’usage sans rapport avec la vocation d’origine du bâtiment s’assortit d’un souci de préservation et de mise en valeur de l’existant. C’est à l’issue d’une consultation restreinte que la célèbre agence japonaise Sanaa a été chargée de la conduite des opérations.
Cette reconversion de la Samaritaine fournit l’occasion de revenir sur les principales étapes d’une épopée architecturale majeure dans l’histoire des Grands magasins parisiens, ralentie sinon interrompue par la crise de 1929. Aménagés dans des édifices existants ou reconstruits entre 1883 et 1934, les quatre édifices situés entre la rue de Rivoli et le Pont-Neuf qui composaient l’équipement commercial connu de tous sont principalement l’œuvre de Frantz Jourdain, puis d’Henri Sauvage. L’un des enjeux de la refonte de l’ensemble reconverti est la création d’une nouvelle façade sur la rue de Rivoli, dont l’ampleur, le faste et l’invention architecturale renouent avec le désir de monumentalité qui n’a cessé d’habiter le grand magasin des bords de la Seine. Celle-ci peut s’interpréter comme le parachèvement d’une œuvre demeurée incomplète.

15h20 / Pause

15h30 / Jean-Philippe Carrié (docteur Paris 1, Archéologie antique)
La place des structures funéraires dans le cadre résidentiel des aristocrates en Occident à la fin de l’Antiquité
L’étude de la résidence aristocratique rurale pendant l’Antiquité tardive à l’échelle de l’Occident a montré que la villa possédait de nombreux aspects formels et fonctionnels propices à l’épanouissement du mode de vie aristocratique ainsi qu’à l’expression du pouvoir. Néanmoins, il serait réducteur de penser que la villa fut uniquement la résidence des vivants. L’observation de nombreux sites a en effet montré, depuis longtemps, que la villa pouvait faire office de dernière demeure, après son abandon, pour abriter une nécropole plus ou moins vaste. Cette présentation propose toutefois de discuter autour d’un phénomène bien particulier, plus rarement évoqué, celui des tombes ou mausolées installés sur les grands domaines pendant leur période d’occupation résidentielle. On verra ainsi que la confrontation des données archéologiques et historiques permet de comprendre que le mausolée familial jouait tout à fait son rôle de monumentum dans la stratégie d’autoreprésentation et d’occupation de l’espace résidentiel par les aristocrates à la fin de l’Antiquité.

16h10 / Laurence Brissaud (Archéologue, attachée de conservation du patrimoine, musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal - Vienne)
Le site gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal (Rhône) : monumentalité des vestiges, persistance de la mémoire des lieux
Il est des lieux qui, grâce à leur ancrage dans le paysage, leur histoire, leur forte identité, deviennent de véritables « réserves » de sens et entretiennent de manière pérenne et dense la mémoire des réalisations passées. Le site de Saint-Romain-en-Gal, secteur nord-ouest de la rive droite de Vienna, capitale des Allobroges, établie de part et d’autre du Rhône,  constitue à ce titre un exemple particulièrement éloquent. Organisé à partir d’un axe de franchissement de la vallée du Rhône, ce quartier a accueilli, au cours du Ier siècle après J.-C., de vastes domus ainsi qu’un ensemble monumental de plusieurs hectares. Témoignage de l’expansion de la ville, cette phase qui s’est accompagnée de remblaiements importants a profondément transformé la partie centrale de la vallée, la marquant ainsi durablement pour l’avenir. Cette communication propose d’évoquer la persistance de cette mémoire, de préciser comment, depuis le dégagement des vestiges, l’analyse archéologique a permis de retrouver le sens des lieux et d’aborder la transmission de cette connaissance en lien avec la logique architecturale du musée de Saint-Romain-en-Gal - Vienne.

16h50 / Conclusions F. Villeneuve et F. Journot

bsept. 2017a
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