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Appel à communications Photographica n° 6 / Photographie et modèles : le nu et ses histoires

dernière mise à jour : 08/03/2022

Appel à communications / Call of Papers

Photographica n° 6

Photographie et modèles : le nu et ses histoires
 

Date de soumission des articles : 15 juin 2022

En 1998, la Bibliothèque nationale de France présentait sous la direction de Sylvie Aubenas, Sylvianne de Decker, Catherine Mathon et Hélène Pinet, l’exposition « L’art du nu au XIXe siècle. Le photographe et son modèle ». En près de 300 pièces, l’exposition et son catalogue, qui feront date, retraçaient l’histoire complexe et multiple de la photographie de nu dans son premier siècle d’existence. En prenant le parti de regarder cette histoire du point de vue des ateliers d’artistes, les commissaires mettaient au jour toute la complexité d’un objet, la photographie de nu, qui dès les tous premiers temps du daguerréotype jouait sur la lisière des ambiguïtés entre les genres iconographiques. Entre nu académique pour artiste et photographie érotique et pornographique, entre normalisation des poses et recherche de marchés, la photographie de nu apparaissait comme un objet complexe révélant à la fois des expériences entre photographes et artistes, des pratiques d’échanges mettant au jour de nombreux points de passages entre ateliers, des entreprises commerciales ambitieuses (cf. par exemple Le Nu esthétique d’Émile Bayard en 1905) et des ensembles aussi fascinants qu’énigmatiques (cf. l’album de Charles-François Jeandel ou le fonds François-Rupert Carabin).

Mais au-delà de la question de sa présence dans les ateliers d’artistes, la photographie de nu, comme la photographie ethnographique ou coloniale avec laquelle elle partage de nombreuses problématiques notamment autour de la domination souvent violente des corps, est une iconographie qui permet de comprendre très tôt la réification du corps nu – féminin ou masculin – et sa transformation en marchandise. Les implications de cette idée dans l’histoire de la photographie européenne ont été traitées dans les années 1980-1990 notamment par des historiennes et historiens américains, soit sur un volet théorique (cf. Solomon-Godeau, 1991), soit sur le volet pur de la production et de la censure (cf. McCauley, 1994 et spécifiquement le chapitre 4 « Braquehais and the Photographic Nude » ; voir également le numéro de la revue History of Photography 1994, dirigé par James Crump). Mais depuis, ces perspectives ont été peu reconsidérées.

Si l’histoire de la photographie pornographique au XIXe siècle s’est esquissée via celle des modèles pour artistes, l’émergence des Porn studies dans les années 1980 n’a produit que de timides commentaires sur ces objets (Braudy, 1997 ; Fleisher, 2000) et de plus rares encore sur leur participation à un imaginaire visuel de la prostitution (Rexer, 2021) ou leur circulation. Sous l’effet des études sur le genre, la question s’est d’une part centrée sur la représentation du corps féminin notamment autour de la diffusion médiatique de la féminité (voir Geers, 2016) et d’autre part sur celle des femmes photographes (voir notamment l’exposition Qui a peur des femmes photographes ?, 2015-2016). Dans ces prolongements, plus récemment, un troisième volet, fondé sur l’individuation des modèles, appelle à repenser le modèle comme co-producteur des images auquel on donne un nom (exposition Le modèle noir, 2019) et parfois une histoire (Schopp, 2018). Et alors que les études cinématographiques bénéficient d’une large réflexion sur le regard masculin(isé) [male gaze] dans le contexte des industries culturelles, les études photographiques de leur côté peinent encore à reconsidérer cette part devenue irregardable et pourtant massive (Arrouye et Guérin, 2013). Parallèlement, des pans entiers de la production iconographique de certains artistes des XIXe (fonds Fantin-Latour) et XXe siècles dans le domaine du nu se révèlent, non sans difficultés (fonds Balthus).

Pour son dossier thématique, le sixième numéro de la revue Photographica souhaite explorer la question du modèle nu en photographie. Dans le prolongement de l’étude de Wendy Grossman sur le modèle Adrienne Fidelin, publiée dans le Photographica no 2 (avril 2021), dans une perspective à la fois déconstructiviste et analytique des usages de la photographie et dans l’extension d’une réflexion sur le genre même de la photographie de nu – féminin comme masculin –, ce nouveau numéro de Photographica (avril 2023) souhaite interroger l’actualité de la question du modèle dans l’histoire de la photographie : comment considérer et regarder aujourd’hui cette part historiquement massive de la production photographique et à quelle condition peut-elle être un sujet d’étude ? Que révèle l’objet « photographie de nu » dans l’histoire de la photographie en termes de normalisation, de domination et de production ? Comment cette forme photographique conditionne-t-elle sa diffusion et invente-t-elle de nouveaux modèles de distribution ? Qu’est-ce qu’un modèle en photographie et comment l’histoire de la photographie peut-elle être à même de traiter cet objet ?

À partir de ces questionnements, plusieurs axes pourront être exploités :
- perspective ethnographique : la production de photographies de nu en lien avec une époque et/ou une géographie données
- évolutions historiques des normes et répressions en terme d’obscénité et de photographie de nus
- historicisation, normalisation et codification du modèle : le modèle mis en modèle
- circulation et diffusion des « modèles » photographiques (revues, publications)
- la photographie de nu comme secteur économique et industriel et ses supports (documents éphémères, périodiques, livres, tirages, cartes postales…)
- circulation entre les ateliers de photographes et de peintres des personnes posant comme modèle nu
- historicisation des relations entre modèle nu et photographe dans le cadre même de la prise de vues

Date de soumission des articles : 15 juin 2022
Les textes peuvent être envoyés en français ou en anglais, sous la forme d’articles de 25 000 à 35 000 signes (espaces et notes comprises). Des propositions d’illustrations pourront y être associées (10 à 15).

Sur un document séparé, figureront les noms, adresse électronique, qualité et rattachement institutionnel (université, laboratoire) de leur auteur, ainsi qu’une sélection de ses références bibliographiques.

Les propositions d’articles seront évaluées en double aveugle. Elles pourront être acceptées, acceptées avec modifications, ou refusées.
Elles sont à envoyer à : redaction@photographica-revue.fr.

Bibliographie indicative

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